
Consigne :
C’est la nuit. Vous vous endormez au côté du compagnon/de la compagne nocturne de votre choix : un femme, une peluche,
un petit frère, un(e) ami(e)… (au choix !) Sauf que, pendant que la personne (créature) à vos côtés s’endort paisiblement, vous
ne trouvez pas le sommeil… À la place, vous trouvez la clé des songes : vous entrez dans le rêve de la personne à vos
côtés, vous vivez son rêve en même temps qu’elle, et vous nous le racontez.

Contraintes :
Votre texte doit être écrit à la première personne. Il doit faire maximum 2500 caractères espaces compris, et n’utiliser
que deux temps : le présent et le futur.
Semaine 4
Je me retourne dans mon lit, incapable de trouver le sommeil. Orion ronfle à côté de moi depuis maintenant dix minutes. Il remue un peu les lèvres et les paupières, agité. Il doit être en train de rêver. Pff, la chance…
Je me retourne encore pour le regarder en face. Dans la pénombre et sans mes lunettes, je distingue à peine des contours flous de son visage et de son pyjama. On partage un lit double depuis son arrivée au camp. Je ne connais toujours pas son passé qui le force à rester ici – croyez-moi, mon seul vœu est de partir.
Incapable de résister plus longtemps (je sais, je suis incontrôlable), je m’approche encore et tends la main. Elle reste en suspension quelque instants, pendant que, hésitante, j’évalue les pours et les contres. Pours : je m’ennuie et ça m’intéresse beaucoup d’en savoir plus sur lui. Contres : c’est immoral.
Bon. Je sais ce qu’il me reste à faire.
J’approche ma main et lui frôle le cou.
Aussitôt, je suis propulsée dans un autre univers. Des lumières néons clignotent pendant quelques secondes, puis je comprends que ce sont les lampes intérieures de la voiture qui se détraquent. J’ai du mal à respirer. Pourquoi ? Ah oui, j’ai la tête sous l’eau. Je tente un mouvement de brasse avant de me rendre compte que mes bras sont coincés sous la ceinture de sécurité. Vite, vite, se décrocher. Je me propulse vers la surface et inspire profondément, joyeuse d’avoir trouvé de l’air. Mais… et Mathilde ?
Mathilde ? Qui est-ce ?
Mathilde ! MATHILDE ! Je replonge sous l’eau et attrape le bras mou d’une jeune fille. Pourquoi ne bouge-t-elle pas ? Elle fait de l’apnée, elle sait nager, et elle est vivante. Bien sûr qu’elle est vivante. Je tire sur son bras de toutes mes forces, mais elle reste bloquée.
Je nage vers la surface à nouveau, haletante. Le niveau de l’eau monte de plus en plus, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’à peine dix centimètres. Il faut que je sorte.
NON ! Il faut que je reste pour Mathilde ! Et le conducteur, d’ailleurs. Je jette un coup d’œil devant, vers le siège du conducteur, et reste figée. Il n’y a personne.
Hein ?
Il n’est plus là, ce lâche. 1000 euros ne lui ont pas suffi ? Son seul devoir en échange de cet argent était de s’occuper de Mathilde et de moi. Tss.
J’ouvre ma portière et nage vers la surface dans un état second. Je peux voir le rivage d’ici. Le conducteur est là, en train de me regarder avec ses jumelles !
Mais attendez… C’est Michel, ça. Mon prof de CE2… Hein ?
Les larmes aux yeux, je me retourne vers la voiture qui sombre dans l’eau, plus profonde encore que le canyon qui a tué mes parents.
Je me réveille, essoufflée. Évidemment, Orion ne remarque rien. La lumière du jour le réveillera bien assez tôt. Je le regarde d’un jour nouveau, surprise que ce garçon qui respire la joie-de-vivre ait cependant un passé aussi sombre.
Je repose la tête sur l’oreille et pense à mes propres malheurs, troublée.
Castille VM.