Castille VM.

Auteure Jeunesse

Sushima

Connaissez-vous le plat japonais tant apprécié, le sushi ? En effet, c’est un plat typiquement japonais… En êtes-vous si sûr que ça ? Vous ne connaissez sûrement pas la véritable histoire du sushi… Eh bien, je vais vous la raconter…

C’était il y a bien longtemps, quand les appareils électroniques n’existaient pas encore. Les villageois n’étaient raccrochés au reste du monde que par le courrier. Non, pas les e-mails, les lettres. D’ailleurs, les gens du village d’Huki-naw’ha adoraient les lettres. Certains, en sentant l’odeur fraîche mais un peu vieillie du papier, se sentaient libres ; ils avaient l’impression de pouvoir voyager avec la lettre. D’autres pouvaient avoir le plaisir d’utiliser leur matériel de calligraphie et de décorer leurs lettres avec des dessins, des peintures, des couleurs incroyables. D’autres encore se raccrochaient au fait que s’ils posaient des tas de questions, le destinataire serait obligé de répondre. Et s’il répondait, les expéditeurs allaient recevoir une lettre !

C’est effectivement ça que tous les villageois préféraient : recevoir des lettres. Le facteur était plus que sympathique, il vous tendait la lettre en souriant, fier d’avoir fait tout le trajet en vélocipède jusqu’aux hauteurs, tout en haut, dans la vallée ; voilà, encore plus haut ; ça y est, vous y êtes. Le village d’Huki-naw’ha. C’était donc un véritable exploit pour le facteur de franchir les montagnes, de traverser les rivières, de braver la tempête (très rare, et seulement  lors des hivers rudes), de survivre aux chaleurs exténuantes (en été, en cas de sécheresse), et, surtout, d’avoir la ténacité d’aller jusqu’à ce petit village à flanc de montagne.

Rassurez-vous : il existait un autre chemin, beaucoup plus court, plus agréable, qui reliait la ville à Huki-naw’ha. Celui-ci traversait des prairies fleuries, longeait des allées de cerisiers en fleurs, passait non loin des cours d’eau, bref, était tout bonnement merveilleux. Oh oui, merveilleux, et ceux de la ville qui devaient livrer la nourriture au village en profitaient : dès que le village d’Huki-naw’ha avait besoin de quelque chose, ils lui venaient en secours. Mais malheureusement, le temps avait passé, et ce chemin était tombé dans l’oubli car les voitures ne pouvaient pas rouler sur une route en terre.

C’était il y a bien longtemps, sur une lointaine petite île chinoise nommée Hainan. Le petit village d’Huki-naw’ha était un peu isolé du reste du monde, mais il était tout de même relié à la ville, Sanya. Les naw’haï cultivaient leurs terres, leur riz, leur thé, leurs cerises, presque tout. Et grâce à l’amour et au plaisir qu’éprouvaient les naw’haï en labourant et récoltant, leurs plantes pouvaient pousser n’importe où ! Mais surtout : les villageois étaient tellement reconnaissants envers leur forêt qui les abritait, leur donnait de l’eau, du poisson et de la viande, qu’ils ne voulaient plus couper d’arbres pour construire des maisons et cultiver des champs. Ils avaient décidé de ramasser les champignons, baies, racines et autres végétaux qui peuplaient les sols de la forêt et de dresser les arbres en plantant des tuteurs en bambou pour construire leurs maisons ! Ils vivaient en parfaite harmonie avec la nature.

Mitsu’hi se promenait dans la forêt de la Musique tout en admirant le bambou en floraison. Le vent qui soufflait faisait voler ses cheveux. Et cette musique… oh… la musique… Que Mitsu’hi aimait cette sensation de liberté, d’avoir l’impression de tout pouvoir faire, de pouvoir… Elle lui faisait oublier tous ses soucis. Il se laissa bercer par le divin souffle de Fūjin, le sucré parfum des fleurs de cerisier et la douce musique des bambous.

Il s’en approcha, l’examina quelques secondes, et, l’ayant reconnu comme un arbuste divin nommé Sushima, se dit que c’était sûrement un nouveau-né de cette année. Le Sushima était un arbre à l’écorce marron, presque pourpre. Ses fleurs étaient un mélange entre les fleurs d’orangers et les fleurs de cerisiers. Les bourgeons de cet arbre-là, que Mitsu’hi nommera plus tard “Sushima-oua”, avait exceptionnellement des grains de riz dans le cœur de sa fleur. Des bouts de chair orangée (de la même couleur que celle du saumon, et aussi le même goût) parsemaient le vert tendre des tiges de l‘arbres.

Épuisé de sa journée, le jeune homme s’affala au pied de l’arbre fleuri. Le parfum des fleurs de l’arbre emplissait l’esprit du garçon qui s’endormait. Mitsu’hi avait la fâcheuse habitude de dormir la bouche ouverte. Par un hasard inouï, une fleur tomba sur ses lèvres. Par réflexe, le garçon passa sa langue sur ses lèvres et commença à machouiller la fleur (les naw’haï savaient par cœur qu’aucune fleur, plante ou racine des arbres de leur forêt n’était dangereuse). Un bout de cette chair orange se détacha d’une tige et, emmené par le souffle de Fūjin, suivit le même chemin que la fleur succulente. Mitsu’hi commença à ouvrir les paupières ; le goût amer mais gracieux de la fleur (il avait reconnu l’arôme du riz) l’avait réveillé. En voyant le bout orange qui tombait vers lui, il crut que c’était un bout de saumon qui tombait du ciel ensoleillé. Il avait toujours la bouche ouverte, et le “saumon” tomba doucement sur sa langue. Il se mélangea au goût du riz. Le jeune homme trouva ce mets exquis et courut annoncer sa nouvelle recette au village.

Tout le monde en fut bien surpris, bien que connaissant la magie de leur forêt. Bientôt, le sushi sortit d’Huki-naw’ha pour envahir tout la Chine. Et puis, au bout d’un an, il arriva au Japon.

Ce fut un voyageur chinois (mais qui parlait japonais) qui rendait visite à un parent qui l’apporta. Comme il était midi, l’heure de manger, de se reposer et de profiter du beau temps (en tout cas en été), l’homme chercha un endroit où se rassasier. Au bout d’un moment, il finit par trouver un restaurant où on avait le droit de manger sa nourriture. Ainsi, il entra et ouvrit la boîte dans laquelle il avait mis son casse-croûte. Lorsqu’il commença à manger, ses baguettes dans les doigts et tenant un mystérieux (pour les Japonais) mets : une boulette de riz sur laquelle était posé… du saumon ?

Le voyageur, remarquant qu’on le scrutait de la tête aux pieds, s’arrêta de manger. Voici le dialogue entre le Japonais et les Chinois.

Chinois (parlant en japonais) : Vous ne connaissez pas ce plat ?

Japonais 1 : Fait non de la tête.

Chinois : Le sushi n’est pas encore arrivé ici ?

Japonais 2 : Ni ici, ni nulle part au Japon.

Chinois : Incroyable ! Eh bien, vous voulez goûter ?

Japonais 1 et 2 (hésitant) : Hmm… Pourquoi pas ?

Japonais 3, 4, 5 et 6 : Euh… vous en avez assez pour nous aussi ?

Chinois (se levant d’un bond) : Évidemment ! Un bon Chinois en a toujours ! J’ai emmené des makis aussi… Mais vous connaissez déjà… ?

Japonais 4 : Oui, oui…

Chinois (s’adressant au cuisinier) : Voulez-vous que je vous donne la recette ? Ainsi, le sushi se propagera aussi au Japon !

Cuisinier japonais (la bouche pleine) : Oui, je veux bien… Hm, ch’est délichieux !

Et c’est ainsi que le voyageur chinois donna la recette aux Japonais et continua sa route.

Comme prévu, le sushi partit dans toute le Japon et bientôt aussi dans le reste de l’Asie. Il eut un succès fou.

Mais les Chinois commencèrent à se lasser du sushi. En outre, la saison de floraison des sushimas finissait et donc les fleurs et les bouts de saumon fanaient et tombaient.

Alors, les Japonais changèrent la recette du sushi : ils remplacèrent la fleur de sushi par du riz et les bouts orange par de vrais bouts de saumon. Ils rajoutèrent aussi un flacon de sauce soja.

Tant et si bien qu’après des siècles, on croit que ce sont les Japonais qui ont inventé le sushi. Mais toi et moi, on sait la vérité !

Castille VM.

Avr 2020


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